« L’investissement durable est synonyme de création de valeur »

03 mars 2021 | Vidéo

Quel thème, selon vous, est devenu de plus en plus incontournable ces dernières années lors de nos discussions ? La durabilité sans aucun doute. René Havaux, CEO de Delen Private Bank, interroge à ce propos John le Hardÿ de Beaulieu, coresponsable des fonds patrimoniaux chez Cadelam, et Jean-Louis de Hasque, coresponsable de la politique de durabilité de la Banque. Pour rappel, Cadelam est gestionnaire des fonds du Groupe.

René Havaux  : Tout d’abord, cernons bien le sujet. Lorsqu’on parle de durabilité, nous utilisons souvent les lettres ESG, à savoir E pour écologie, S pour la responsabilité sociétale et G pour la bonne gouvernance. Je propose qu'ensemble, on se penche sur l'évolution de la durabilité et qu'on envisage l'avenir.

Tout d'abord, Jean-Louis, comment décrirais-tu l'approche de la Banque en matière de durabilité ?

Jean-Louis de Hasque : Il faut se poser la question : « Quel est le cœur de notre métier ? ». Il s’agit de gérer le patrimoine et d’offrir une sérénité aux clients sur plusieurs générations et donc on est forcément tournés vers l'avenir. Les gestionnaires de fonds de Cadelam tiennent compte de paramètres financiers qui sont peut-être un peu plus « court terme », mais ils tiennent aussi compte de toute une série de paramètres « long terme », c'est-à-dire le profil environnemental d'une société, la bonne gouvernance et aussi son impact sur la société plus large. Mettre en place cette stratégie a pris quelques années, mais maintenant il y a une politique claire, cohérente, appliquée à tous les fonds. Cela a été positif, autant pour l'environnement que pour la société au sens large, mais aussi pour les résultats financiers des entreprises dans les portefeuilles.

Est-ce que l'investissement durable est synonyme de création de valeur, notamment en matière boursière ? C’est une question qui suscite beaucoup d’intérêt.

John le Hardÿ de Beaulieu : Cela a pris un peu de temps, mais aujourd'hui les investisseurs se rendent compte que l'investissement durable n'est pas synonyme de moins bonne performance. Ce serait plutôt l'inverse, et c'est d'ailleurs notre conviction. En effet, les entreprises qui agissent de manière responsable nous semblent souvent plus conscientes et du coup, mieux préparées aux défis de notre société, notamment au niveau écologique et social.

C'est la vue long terme versus court terme ?

John : Exactement. En général, elles ont plus de facilités à attirer des talents et des investisseurs. À l'inverse, ce sont souvent les entreprises plus laxistes qui sont à l’origine de catastrophes écologiques, de drames sociaux et in fine, de pertes financières.

Grâce à l’actionnariat actif, on peut avoir une empreinte en tant qu'actionnaire d'une société sur la politique de celle-ci.
Jean-Louis de Hasque

Comment les gestionnaires sélectionnent-ils ces valeurs durables pour les mettre en portefeuille ?

John : Pour chaque entreprise, il y a énormément de données qui permettent d’établir leur niveau de durabilité, mais ce n'est pas toujours simple à objectiver. Pour nous aider, nous faisons appel à une société externe, Sustainalytics. Il s'agit d'un des leaders mondiaux dans l'analyse de durabilité. Sustainalytics attribue un score à chaque entreprise en fonction de ses risques, mais aussi de sa manière de les aborder. Ainsi, ils vont, par exemple, analyser son empreinte carbone, sa gouvernance ou encore son impact sur la communauté. Ce score de durabilité est désormais totalement intégré à notre processus de sélection d'actions. Traditionnellement, le choix d'investissements se basait essentiellement sur des critères financiers, comme le bénéfice par action ou le rendement sur dividende. Nous n'avons pas remplacé cette approche, mais nous l'avons complétée par l'angle de l'investissement responsable, avec comme objectif de favoriser les meilleurs.

Les clients se demandent certainement si leur patrimoine peut avoir une empreinte sociétale ou un impact ? Que peut-on dire à ce sujet ?

Jean-Louis : Qu'ils se posent la question à juste titre et que c'est tout à fait réalisable. Cadelam le fait par ce qu'on appelle l'engagement. Il s’agit du dialogue actif avec les sociétés en portefeuille, qui s'appelle aussi l'actionnariat actif. Cela signifie essayer d'avoir une empreinte en tant qu'actionnaire sur la politique de cette société. Cadelam gère environ 30 milliards d’euros. Cela peut sembler peu à l'échelle mondiale quand on discute avec des multinationales. Dans cette optique, on s’est associé avec des acteurs du secteur partageant les mêmes idées. Ce regroupement s'appelle EOS et gère environ 1 000 milliards d’euros d'actifs, ce qui est quand même beaucoup plus conséquent.

Le score de durabilité est désormais totalement intégré à notre processus de sélection d'actions.
John le Hardÿ de Beaulieu

Plus de trente fois Cadelam, donc ? C’est assez impressionnant.

Jean-Louis : Tout à fait. Donc, c'est déjà beaucoup plus conséquent pour avoir un impact en dialogue avec les sociétés. Grâce à cela, Cadelam a toute une série d'experts à disposition pour en discuter avec les entreprises en portefeuille.

Qu’a-t-on pu réaliser de concret au niveau des investissements ?

Jean-Louis : Concrètement, environ 70 % des sociétés sont suivies activement. Bien entendu, il s’agit d’entreprises issues de secteurs très variés, avec des défis différents. On pense peut-être spontanément au secteur énergétique, où il y a un gros souci environnemental. Sous pression de l'engagement, Repsol a mis en place une politique claire et définie de neutralité climatique. C'est le premier aspect. Un autre peut-être moins fréquent, c'est du côté technologique. Les géants de l'Internet font face aux problèmes éthiques de l'intelligence artificielle. Dans ce contexte, Alphabet, mieux connu sous le nom Google, a renforcé sa politique. Je pense également à l'environnement, un sujet important pour ces sociétés. Alphabet s'est engagé à fournir ses services exclusivement avec de l'énergie renouvelable. On voit donc que les discussions de Cadelam avec les sociétés sont très diverses et multiples.

Nous sommes en dialogue avec
70 %
des entreprises présentes dans les portefeuilles.
 

Avec les diverses sociétés, nous disposons d’un droit de vote qu’on a parfois tendance à oublier. Est-il utilisé ? Si oui, comment ? Sert-il à orienter certaines décisions des conseils de ces entreprises ?

John : Absolument. Au-delà du dialogue actif dont Jean-Louis vient de parler, nous utilisons ces droits de vote pour envoyer des signaux clairs aux entreprises. La plupart du temps, cela se fait de manière constructive, dans la continuité des discussions préalables. En général, lorsque la direction d'une entreprise est sensible aux remarques de ses actionnaires, elle a tendance à faire des propositions qui vont dans leur sens. Mais ce n'est pas toujours le cas. L'année dernière par exemple, nous avons participé à environ 200 assemblées générales et un peu plus d'une fois sur dix, nous avons voté contre ce qui était proposé.

Cadelam a participé à
200
assemblées générales en 2020.
 

Au-delà de voter contre aux assemblées générales des sociétés sélectionnées, on peut aller plus loin, ne pas investir dans certaines sociétés et les exclure complètement ?

John : Tout à fait. C'est quelque chose que l’on fait. Il y a effectivement un certain nombre d'entreprises qui ne répondent pas à nos critères éthiques ou durables et dans lesquelles nous n'investissons pas. Nous avons même exclu des secteurs entiers, comme le tabac ou l'armement. Dans d'autres secteurs, c'est un peu plus nuancé. Je pense à l'énergie notamment. Là, nous avons choisi d'exclure uniquement les sociétés qui investissent dans l'extraction de pétrole non conventionnel. Tous les détails de cette politique d'exclusion se trouvent sur notre site Internet. De manière générale, on va tout de même privilégier d'établir un dialogue avec une entreprise et de jouer un rôle constructif en tant qu'actionnaire afin de la faire évoluer dans le bon sens. Cela nous tient vraiment à cœur. Pousser à un changement positif, plutôt qu'exclure directement.

Quand on regarde l'avenir, à quoi doit-on s'attendre quant à l’évolution législative ? En effet, le monde politique aussi a des convictions, évolue, légifère...

Jean-Louis : En effet, la réglementation devient de plus en plus exigeante. Il y a de plus en plus de demandes de transparence, ce qui est une bonne chose en soi. On y est favorable. Cela nous incite à plus communiquer à propos des impacts négatifs évités et à propos des impacts positifs engendrés. En outre, dans l'application Delen, on a récemment mis à disposition des clients toute une série de paramètres environnementaux, sociétaux et de gouvernance par rapport à leur portefeuille.

Au sein de la Banque, beaucoup d'autres initiatives aussi sont en cours. Peux-tu nous en dire plus ?

Jean-Louis : En effet, notre ambition est de rester leader dans le secteur. Cela ne s'arrête naturellement pas aux portefeuilles des clients. Pour ceux-ci, on a eu beaucoup de bonnes évaluations externes. Mais à côté de cela, il y a d'autres paramètres et c'est pour cela qu'on a mis en place un comité de durabilité dans la Banque qui regroupe tous les départements et auquel la direction est étroitement associée. Ce comité est un peu un catalyseur d'idées sur les sujets de durabilité. Par exemple, grâce à ce comité, on a mis en place une politique plus verte de mobilité et on a fait en sorte que les bâtiments emploient maintenant de l'énergie durable. C'est la clé de la gestion responsable de patrimoine : prendre ses responsabilités, autant au sein de l'entreprise qu'au sein des investissements.

Merci, messieurs, pour votre vision très claire sur ce sujet important, un sujet d'avenir que nous continuerons à suivre de près. Tout cela confirme que la durabilité est étroitement liée à la Banque. Nous agissons en tant que gestionnaire de patrimoine responsable et nous anticipons souvent sur l'évolution régulatoire en matière de durabilité.

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